Cave bread
Under cheeks
pretending swelling

Louis Thillaye

17/09/16- 08/10/16











Louis, voici une première salve de questions écrites en vitesse dans le RER A...

- Les quatre tableaux que tu montres à Treize appartiennent à une série beaucoup plus vaste que tu as produite pour cette exposition – comme si tu n'avais prélevé que quelques éléments au sein d'un large continuum de production (contrairement à un artiste qui ne travaillerait qu'une œuvre à la fois). Cette impression de continuum est accentuée par le rythme presque cinématographique de cette succession de toiles. Comment envisages-tu cette dialectique entre le flux et le prélèvement dans ton travail?

- Tu représentes des villes, des architectures chimériques. Le rapport entre les toiles originales et celles qui sont imprimées procure une impression de virtualité onirique très particulière. Comme si la reproductibilité technique dépossédait la toile de son aura mais lui conférait en échange une distance et un mystère qui s'incarne dans les transformations de la composition, dans les variations, dans les halos générés par les techniques de reproduction et d'impression...

- Quelle est l'histoire et le statut du guéridon spirite que tu exposes à l'envers, les pieds en l'air? Cet outil paranormal me rappelle un passage du Capital dans lequel Karl Marx déclare: "Mais dès que [la table] entre en scène comme marchandise, c'est une toute autre affaire. Elle se transforme en chose supra-sensible. Elle ne tient plus seulement debout en ayant les pieds sur la terre, mais elle se met sur la tête, face à toutes les autres marchandises, et sort de sa petite tête de bois toute une série de chimères qui nous surprennent plus encore que si, sans rien demander à personne, elle se mettait soudain à danser. Le caractère mystique de la marchandise ne naît donc pas de sa valeur d'usage."

- Une des œuvres de l'exposition appartient à une série plus ancienne, celle des Corridors, qui avait déjà été montrée lors de ton exposition à Lausanne chez Happy Baby. Je trouve que cet assemblage de documents fonctionne comme un temps de respiration dans l'expo. Quel est ton rapport à ces documents?

- Si tu me permets ce paradoxe, je pense qu'il est toujours intéressant de prêter attention aux œuvres exclues d'une exposition. Après plusieurs tentatives d'accrochage, un certain nombre de pièces a été retiré. Cette série fonctionne pour moi comme la partie immergée de l'exposition. Ces œuvres invisibles ont pour point commun d'utiliser un signe en forme de "T". A l'origine, ce motif provient de la silhouette renversée d'un petit lutrin en bois articulé. Par une série d'associations d'idées et de rapprochements formels, ce signe évoque pour toi un certain nombre de choses, qu'il s'agisse du Tau, de la croix de Saint Antoine, de la marionnette ou du stérilet de Mona Lisa! Cela illustre la manière dont tu te saisis d'objets pour en faire des signes qui vont intégrer à leur tour un vaste réseau de significations. Comment envisages-tu cette circulation sémiologique et symbolique au sein de ton travail?

Gallien


Crédit photos : Raphael Fanelli