L’Angoisse dominicale
30 juin – 9 juillet 2022
Avec : Nils Alix-Tabeling, Beth Collar, Émeline Depas, Natalie Price Hafslund, Émile Rubino.
Commissariat : Nils Alix-Tabeling.

L’Angoisse dominicale est une exposition collective qui regroupe les œuvres de Nils Alix-Tabeling, Beth Collar, Emeline Depas et Émile Rubino, avec une performance de Natalie Price-Hafslund.

Son titre fait référence au traditionnel déjeuner du dimanche et l’expérience d’angoisse qu’il ne manque pas de susciter chez certain.e.s. Ce rite hebdomadaire est souvent vécu comme un moment où la violence patriarcale s’impose aux corps et aux esprits avec chaque bouchée. Tout comme William Burroughs conçoit le langage comme un virus parasitaire qui s’inscrit dans le code génétique du corps humain pour déterminer l’ensemble nos pensées et nos actions, L’Angoisse dominicale postule que le patriarcat est un virus dont l’hôte est l’unité familiale. Mais dans quelle mesure cet hôte est-il consentant ? A quel point cette relation est-elle symbiotique ? C’est parfois en tentant maladroitement de protéger leur enfant de la société, en prônant de façon plus ou moins consciente la soumission et la conformité comme des stratégies d’autopréservation, que les parents transmettent les idéaux normatifs – dont iels souffrent pourtant elleux-mêmes. L’affection parentale devient ainsi un vecteur de transmission du virus parmi d’autres.

Parfois, entre la poire et le dessert, le dégoût éclate et un énervement salutaire explose. Cette force, qui pousse à hurler son inconfort, est particulièrement présente lors de l’adolescence. Le patriarcat est comme un ver blanchâtre, qui se loge et s’installe peu à peu, discrètement, dans le cerveau de l’enfant à travers la parole des « caregivers » elleux-mêmes véreux. La « crise d’adolescence » est donc en réalité la prise de conscience de la présence du démon-ver. À l’instar de la rage et du refus qui animent l’écriture de Valerie Solanas et la poussent à imaginer une utopie post-patriarcale (quitte à reprogrammer voire à détruire l’espèce masculine), cette colère est révolutionnaire et transformatrice : elle vise à détruire la structure familiale, rompre la transmission générationnelle, et à tuer à la fois l’hôte et le parasite.

L’assimilation de cet état émotionnel à l’adolescence est justement l’un des mécanismes qui garantit la survivance du patriarcat dans le temps : en associant ce moment de rébellion à un phénomène passager, hormonal, qui doit naturellement s’éteindre pour faire place à une tolérance du dégoût qui viendra signer l’entrée dans l’âge adulte, on annule son potentiel politique. La force révolutionnaire de la colère est vue comme contingente d’une jeunesse inconsciente, alors que la soumission violence patriarcale devient le signe d’une sagesse acquise avec le temps. En réalité, pour beaucoup, cet énervement durera bien après la majorité, prenant la forme d’une critique, une transgression ou un rejet des normes de genre, et d’un refus de la tolérance de la haine qui est censée caractériser l’âge adulte.

- Nils Alix-Tabeling

Avec le soutien de l’Office for Contemporary Art Norway et James Horton/Treize

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